Les difficultés que posent le lefebvrisme doctrinal. Partie 3
La troisième difficulté, nouvelle définition du MOU inventée par Ecône.[Extrait du Numéro 343]
Mgr Williamson affirme à juste titre:
«Ce que les évêques du monde enseignent, en union avec le Pape, est le Magistère Ordinaire Universel de l'Église(MOU), qui est infaillible."
Il expose ensuite l'argument des sédévacantistes que puisque Vatican II a été promulgué par les "papes" et "évêques" de Vatican II, il est impossible qu'ils soient vrais papes et vrais évêques. Mgr Williamson répond à cela en disant que le Magistère Ordinaire Universel de Vatican II et des années suivantes n'a pas été en conformité avec la Tradition. Ce n'est donc pas le Magistère Ordinaire Universel. Par conséquent l'argument des sédévacantistes est faux.
L'idée Ecônienne de passer le MOU au crible ne se trouve nulle part dans les manuels de théologie dogmatique ou dans l'enseignement de l’Église Catholique. La définition(par ex) du MOU donné par le Père Reginald-Maria Schultes OP, écrivant en 1931, est la suivante :
«Le magistère ordinaire et universel est exercé lorsque l'Église prêche la doctrine révélée, l'enseigne dans ses écoles, la publie par les évêques, et en témoigne et l'explique par les Pères de l'Église et les théologiens."
Tous les théologiens Catholiques s'entendent sur cette définition.
Autre exemple le Fr. Sylvester Berry écrit:
"L'autorité de l'enseignement ordinaire des évêques est celui qu'ils exercent en enseignant les fidèles de leurs diocèses respectifs par des lettres pastorales, par des sermons prononcés par eux-mêmes ou par d'autres approuvés en ce but, et par des catéchismes ou autres livres d'instruction par eux édités ou approuvés. Quand les évêques de l’Église, ainsi engagés dans le devoir d'instruire leur peuple, sont pratiquement unanimes à proclamer une doctrine de foi ou mœurs, on dit qu'ils exercent l'autorité de l'enseignement universel , et sont alors infaillibles quant à cette doctrine. En d'autres termes, une doctrine de foi ou de mœurs à laquelle la quasi-totalité des évêques de l’Église adhèrent, est infailliblement vraie. La foi de l'Église croyante doit correspondre à la foi proposée par les évêques qui constituent le corps enseignant dans l'Église. Par conséquent, si les évêques en tant que corps n'étaient pas infaillibles, toute l'Église pourrait être induite en erreur à tout moment, et de ce fait cesser d'être l’Église du Christ, le pilier et le fondement de la vérité."
Pour mieux prouver mon propos, j'appelle votre attention sur un manuel classique théologie dogmatique écrit par le Père Francis Diekamp en 1917, intitulé Theologiæ Dogmaticæ Manuale. Il y est écrit :
"Les évêques individuels exercent le susdit magistère ordinaire à la fois dans leur instruction religieuse ordinaire ou dans des instructions de ce type qui ont lieu par leur commandement et sous leur vigilance, et dans les jugements publiés par les Souverains Pontifes et donnés par écrit, dans les Synodes provinciaux ou diocésains, dans la condamnation des erreurs dans les lettres pastorales, dans la publication des catéchismes ou des livres de dévotion qui sont distribués à l'ensemble du diocèse, etc.
Les livres liturgiques prescrits par les évêques et surtout par les Pontifes Romains sont d'une grande importance dans les discussions concernant le dogme. Les lois, les rites et les prières qui y sont contenues témoignent de la foi des pasteurs et des fidèles. Du consensus, selon lequel toutes les églises Orientales et Occidentales s'accordent sur la foi, vient l'obligation de donner l'assentiment de la foi. Le pape Célestin Ier [422-432] enseigna ceci : "Voyons aussi les mystères sacrés des prières des prêtres, qui viennent des Apôtres et qui sont uniformément célébrées dans le monde entier et dans toutes les églises Catholiques, afin que la loi de la prière établisse la loi de la croyance "(Epist. 21, 11)"
La doctrine des évêques pris ensemble, aussi bien que la définition ex cathedra du Pontife Romain, ne devient pas infaillible par l'assentiment que l'Église croyante lui donne ; plutôt elle est infaillible en soi en raison de l'assistance divine, par laquelle elle est préservée de l'erreur.
La doctrine exposée par ces auteurs, ainsi que la description du MOU, sont en conformité avec celle de tous les théologiens Catholiques. Présenter toutes les preuves dépasse la portée de cet article.
La notion qu'a Mgr Williamson du MOU, d'autre part, n'est trouvable dans aucun des livres des théologiens Catholiques ni dans le magistère de l'Église. L'idée du MOU de Mgr Williamson, nécessite que l'enseignement universel de l’Église soit analysé et jugé par les fidèles quant à sa conformité à la Tradition. Dans ce scénario, il est tout à fait possible que la hiérarchie enseigne l'hérésie à n'importe quel moment, mais que l'infaillibilité et l'indéfectibilité de l'Église soient conservées par le rejet même de ce magistère, au motif que les fidèles ne le trouvent pas conforme à la Tradition. C'est aussi absurde que de dire "l’Église catholique est infaillible sauf quand elle a tort". Par ailleurs, son système exige que les fidèles fassent le choix d'accepter ou de ne pas accepter le magistère ordinaire universel, basé sur la conviction personnelle qu'il est conforme à la Tradition ou non. En d'autres termes, les fidèles doivent trier l'enseignement de l'Église universelle, à chaque fois qu'elle parle, afin de distinguer la vérité de l'erreur. Comme je l'ai dit ci-dessus, une telle notion du magistère dépouille le pape et la hiérarchie de l'autorité et la déplace à l'individu, puisqu'il a le dernier mot quant à si oui ou non la doctrine se conforme à la Tradition.
Ce que Mgr Williamson dit à propos de la Tradition pourrait également être appliquée à l'Écriture. Que faire si je pense qu'un acte du magistère de l'Église n'est pas en accord avec l’Écriture Sainte? Ai-je alors le droit de le rejeter, tout en regardant le pape qui renie l’Écriture comme le vrai Vicaire du Christ?
une approche moderniste
La tragique réalité est que les idées de Mgr Williamson correspondent exactement à ce que l'archi-Moderniste hérétique Hans Küng dit dans son livre intitulé "Infaillible? Une interpellation " de 1970. Dans celui-ci, il dit que l'infaillibilité de l'Église n'est pas liée aux formules dogmatiques, lesquelles, dit-il, peuvent en fait être fausses, mais à l'adhésion globale et sur long terme de l'Église à la vérité. Küng affirme:
"L'infaillibilité, impossibilité de se tromper dans ce sens radical, signifie donc un maintien fondamental de l’Église dans la vérité, qui n'est pas annulé par des erreurs individuelles."
"Mais le fait que l’Église ait raison n'est pas absolument dépendant des propositions infaillibles, tout à fait définies, mais sur son maintien dans la vérité dans toutes les propositions, même erronées."
Il cite Yves Congar, un camarade archi-Moderniste au Concile :
"Une partie ou une autre de l’Église peut se tromper, même les évêques, même le pape ; l'Église peut être ballottée par la tempête: à la fin elle reste fidèle."
Et l'exposition suivante de Küng ressemble de très près à la position de Mgr Williamson :
"Où donc, dans ces périodes sombres, était vraiment manifestée l'indéfectibilité de l'Église? Pas dans la hiérarchie et pas dans la théologie, mais chez ces chrétiens innombrables et pour la plupart inconnus - et il y avait aussi toujours quelques évêques et théologiens parmi eux - qui, même dans les pires périodes de l’Église, entendirent le message Chrétien et essayèrent d'y vivre en conformité dans la foi, l'amour et l'espérance."
"Ils étaient les vrais témoins de la vérité du Christ ... "
Küng cite les schismatiques de l'Est afin de prouver son propos :
Les patriarches schismatiques écrivirent à Pie IX en 1848: "Parmi nous, ni Patriarches, ni Conciles pourraient jamais introduire un nouvel enseignement, car le gardien de la religion est le corps même de l'Église, c'est-à-dire le peuple (laos) lui-même."
Küng cite le théologien schismatique russe Alexei Homiakoff, qui dit :
"La constance invariable et l'infaillible vérité du dogme Chrétien ne dépendent pas d'un ordre hiérarchique ; elles sont gardées par la totalité, par tout le peuple de l’Église, qui est le Corps du Christ."
Dans les Trente-neuf articles anglicans, nous lisons : "De même que les Églises de Jérusalem, d'Alexandrie, et d'Antioche ont erré ; de même l’Église de Rome a erré, non seulement dans sa vie et la conduite des Cérémonies, mais aussi en matière de foi ".
Mgr Williamson ne peut pas échapper au fait d'être d'accord avec ces hérétiques Protestants, puisque en soutenant que la hiérarchie Moderniste est la hiérarchie Catholique, il ne peut pas échapper à la conclusion que "l'Église de Rome a erré." D'autre part, les sédévacantistes soutiennent que les faux enseignements et pratiques de Vatican II ne proviennent pas de l'Église de Rome, mais d'un groupe de voyous ecclésiastiques, hérétiques, qui prétendent être la hiérarchie Catholique. Le devoir des Catholiques dans cette crise est de démasquer ces imposteurs, et de les dénoncer comme faux hiérarques.
Il est vrai que nous devons comparer tout ce que quelqu'un dit à l'enseignement traditionnel de l'Église. De la même manière, nous comparons tout ce que nous entendons aux premiers principes de la raison, et nous rejetons immédiatement ce qui est contradictoire. Dans un cas comme le nôtre où nous avons vu la hiérarchie Catholique apparente enseigner une fausse doctrine, et promulguer un faux culte et des disciplines mauvaises, il est nécessaire d'en conclure que ses membres ne sont pas vrais papes ou évêques, puisque il est impossible que de vrais papes ou évêques, pris dans leur ensemble, fassent une telle chose. L'éloignement de Vatican II de la vérité, et son enseignement de l'hérésie à l’Église universelle, sont un signe infaillible que Paul VI n'était pas un vrai pape, et ne fut jamais un vrai pape. En effet, toute l'autorité d'un concile général dépend du pape.
Notez qu'il ne leur dit pas de passer au crible celui qui enseigne le mensonge pour quelques bribes de bonne doctrine, mais au contraire il leur dit de le rejeter entièrement. Qu'il soit anathème.
Cette doctrine est aussi en conformité avec la bulle de Paul IV Cum ex apostolatus de 1559, qui appelle au rejet absolu d'un Pontife Romain qui serait hérétique, et non pas au filtrage de sa doctrine.
Je résume ma réponse: le magistère ordinaire universel, qui est l'enseignement concernant la foi et les mœurs de tous les évêques dispersés dans le monde entier, unis avec le Souverain Pontife, est infaillible. Cette doctrine a été définie au Concile du Vatican de 1870, et se trouve dans le Code de Droit Canonique de 1917. Par conséquent, il est hérétique même de mettre en doute ce qui est enseigné par le magistère ordinaire universel. Si ce qui semble être le magistère ordinaire universel contredit l'enseignement de l'Église, alors la conclusion nécessaire est qu'il ne peut pas provenir de la vraie hiérarchie de l'Église catholique, qui est préservée par le Christ des erreurs à cet égard. Il est contraire à la constitution de l'Église de rejeter le magistère ordinaire universel comme faux, tout en acceptant la hiérarchie qui le promulgue comme la vraie hiérarchie Catholique Romaine.
La notion qu'a Mgr Williamson du magistère ordinaire universel est fausse, et extrêmement dangereuse, puisqu'elle conduit les Catholiques à croire que toute l'Église enseignante, le Pontife Romain avec tous les évêques, est capable d'enseigner l'erreur sur des sujets qui appartiennent à la foi. Ainsi les principes de Mgr Williamson concernant le magistère ordinaire universel ne peuvent pas être utilisés contre les arguments sédévacantistes, puisque ces principes sont faux."( mgr Sanborn)
Conclusion
- soit les enseignements du Magistère Ordinaire Universel sont ceux de la véritable hiérarchie de l'Église Catholique et nous pouvons les suivre sans le moindre doute,
- soit les enseignements du Magistère Ordinaire Universel ne sont pas catholiques et ils ne peuvent provenir d'une véritable hiérarchie.,
- soit il nous faut trier dans les enseignements du Magistère Ordinaire Universel pour connaître la Vérité et le Magistère Ordinaire Universel devient une pierre d'achoppement . Qui plus est a qui à été promis l'inerrance en matière de Foi, de morale, de discipline et de culte? Sommes nous certains d'avoir raison contre ceux que l'on considère comme la hiérarchie légitime ? La doctrine lefebvriste sur le MOU ne détruit-elle pas la notion même de hiérarchie, d'Église enseignante composé des évêques et du Pape, instituée par le Christ lui-même ?